Comme la plupart des grandes villes du monde, prise dans la compétition internationale, Paris produit de la
richesse – beaucoup : près d’un tiers du PIB national – mais subit de plein fouet les effets de la centrifugeuse sociale. Est-ce le destin des grandes métropoles au bal de la
mondialisation ?
Paris se dissocie : une partie de la
population est repoussée en périphérie, dans des zones où l’accessibilité et
les aménités urbaines sont moindres tandis que les populations les plus aisées, mais aussi les plus défavorisées se concentrent au cœur des villes. Paris a connu cette hémorragie de 1960 à 2000.
Si la population se stabilise aujourd’hui, la diversité sociale continue à reculer. L’activité économique se fragilise.
Malgré une productivité qui la place aux premiers rangs mondiaux, l’Ile-de-France affiche des chiffres paradoxaux : des chiffres qui disent le décrochage manifeste entre la création de
richesses et le bien-être des populations.
Le PIB de l’Ile-de-France avec
513 milliards de dollars en 2003 représente 40% du PIB chinois ; il est plus important que celui des Pays-Bas, pays souvent cité pour son économie florissante, alors que la population
néerlandaise est de 40% plus nombreuse. La région francilienne est une des plus riches d’Europe. Et le PIB francilien représente près d’1/3 du PIB national.
Pourtant, les indicateurs de pauvreté sont plus forts à Paris qu’à l’échelle nationale : le
taux de RMistes est de 25% en Ile-de-France contre 11% en province. Entre 1990 et 1999, l’Ile-de-France compte 160 000 nouveaux chômeurs pour 130 000 nouveaux actifs ! Alors que sur la
même période, la province compte un nouveau chômeur pour 3 nouveaux actifs… La
grande ville, la métropole, n’est
pas par nature la cause même des dysfonctionnements et des inégalités sociales, économiques et urbaines. C’est le sens dans lequel la métropolisation évolue, les dynamiques d’exclusion qui la
sous-tendent qui doivent être contrecarrées, pour construire une métropole active et vivante, faite d’unité et de solidarité.
Car l’effet de ces dynamiques est
redoutable : différenciation sociale qui se radicalise entre territoires, parcours résidentiels freinés, pénurie immobilière et cherté du
logement, dualisation de l’agglomération avec un centre
réservé aux plus riches, à quelques “ happy few ”…. Les chiffres éloquents du prix de l’immobilier donnent un aperçu des effets de la centrifugeuse sociale en action. Dans les 30
dernières années, l’augmentation moyenne du prix des logements (anciens et neufs) était inférieure à 5% net par an. Du 1er trimestre 2001 au 1er trimestre 2006, les prix ont augmenté d’environ 10% par an, net
d’inflation en France. Et cette évolution est plus élevée en Ile-de-France, notamment à Paris, où la montée des prix a commencé dès 1999, le taux d’effort des ménages les plus modestes explose,
opérant une sélection par l’argent pour vivre à Paris. Quant aux grands logements, ils sont trop rares et trop rarement à des prix accessibles aux familles des classes moyennes qui doivent faire
le choix de s’éloigner de Paris.
Les besoins sont donc croissants quand le prix de l’immobilier joue la sélection et qu’on construit peu à Paris, comme en petite couronne.
Or, il est impensable de réserver un territoire que la nation a doté d’équipements exceptionnels et d’un système de
transports en commun le plus dense du monde, à quelques résidents tranquilles pouvant s’offrir un hyper centre d’agglomération dé-densifié.
Ces constats amènent à se poser des questions. Quelle ville voulons-nous, pour quels
habitants, quels usagers, dans quels rapports avec les communes alentour, la région, la France, le monde ? Quels sont les leviers d’action pour réparer la courroie de transmission entre
création de richesses et développement humain ?
Le débat s’est posé à plusieurs reprises : PLU(1), PDP(2), SDRIF(3). Les conceptions
s’affrontent. Et au fond la question politique, quelle Cité veut-on ?
Pour qui ?
(1) Plan Local d’Urbanisme
(2) Plan de Déplacements de Paris
(3) Schéma Directeur d’Ile-de-France