La question se pose en effet en ces termes : quelle cité
voulons-nous ? Pour qui? Au sens politique de la Cité. Il est temps de poser le débat sur ce plan là, celui des objectifs que l’on pose à
la ville désirable et de dépasser les
débats technocratiques.
La vision de cette ville désirable est d’autant plus urgente à construire que le constat des dynamiques à l’oeuvre aujourd’hui témoignent d’une ville qui « ne fait pas société », d’une « ville à trois vitesses » comme la nomme Jacques Donzelot. Trois mouvements animent cette ville : la relégation des plus pauvres dans les quartiers démunis, la gentrification dans les quartiers anciennement populaires et la périurbanisation pour les classes moyennes. Si le peuplement des territoires est plus complexe que ce tableau et reste bel et bien divers, les grandes tendances sont néanmoins celles-ci.
Or, qu’est-ce que la ville au fond, sinon le rassemblement de la diversité en un même espace ? La diversité de populations et de
fonctions (logement, activités économiques, services publics, loisirs, espace public…) sur un même espace est ainsi fondatrice du principe même de la ville.
Ce rassemblement provoque rencontres, échanges, convergences, confrontation… Bref, du mouvement créatif qui s’exprime à travers le cosmopolitisme, le dynamisme économique, la recherche et
l’innovation, la création artistique…
Partons de ce principe fondateur de
l’urbanité – la mixité sur un espace commun – pour réinventer la ville, pour mieux vivre ensemble, objectif que la ville d’aujourd’hui semble perdre.
Le Paris d’aujourd’hui voit en effet des flux se croiser, témoignant d’un territoire actif et vivant. Mais la ville ne fait plus société : les flux se traduisent par de la dissociation sociale, étalement urbain, par un éclatement de l’espace et de la cohérence, et une tentative du repli sur soi, sur l’ « entre-soi ».
Pourtant, la ville vécue est faite de flux qui se croisent, entrant et sortant de Paris, la contournant : la ville réelle, c’est
Paris « version grand angle ». 300.000 Parisiens vont chaque jour travailler en banlieue tandis que 900.000 Franciliens viennent à Paris. Les spectateurs du stade de France à
Saint-Denis, les touristes à Marne-la-Vallée, les scientifiques à Orsay-Saclay, les salariés de La Défense, les jeunes de Vitry ou d’Evry se retrouvent aux Halles, les Parisiens à Bel-Est ou aux
théâtre des Amandiers à Nanterre. Ils pensent et vivent à l’heure de la mobilité et à l’échelle métropolitaine.
Mais si ces pratiques professionnelles, culturelles, familiales et les pratiques d’achats occasionnent des déplacements nombreux, laissant penser
à un fort brassage social, la réalité en « photo » est toute autre. Fracture Est-Ouest, intra et extra-muros, paradoxe de la création d’activités productrives de richesse en
Seine-Saint-Denis et stagnation de l’emploi local, fuite des familles en grande couronne… La métropole parisienne est active, mais quelle société dessine-t-elle ?
Il est urgent de rechercher une cohésion du tout, un projet global fondé sur l’équité et l’efficacité sociale, territoriale, économique pour un Paris-métropole qui « fait société », où les différentes échelles de territoires s’emboîtent, où l’altérité ne suscite pas le rejet.