Les défis de l'"en commun"

Publié le

Paris, métropole ouverte et dynamique 
Mais les opportunités foncières, souvent situées sur la couronne, sont rares et s’il faut s’en emparer, la réflexion ne peut qu’être étriquée et sans ambition si confinée intra-muros. L’avenir de Paris se joue en effet sur la couronne et extra-muros. Sans volonté de domination aucune, seulement par simple constat que c’est là l’échelle de la vie urbaine des populations. La ville vécue ignore les frontières administratives figées : on habite dans une commune, on travaille dans une autre, on fait ses courses dans une troisième, on fréquente des équipements culturels et on rend visite à la famille encore ailleurs… Les liens vécus entre tous ces territoires montrent qu’il est temps d’affirmer la solidarité de fait qui unit Paris et le reste du cœur d’agglomération.

A l’opposé de la concurrence, la métropole appelle l' « en commun », le partenariat et le partage des richesses, des pouvoirs et des savoirs. Pour autant, admettre cet ensemble cohérent autour de Paris ne signifie pas minorer le poids des autres centralités qui structurent la métropole et qui produisent du développement pour leurs populations.

Si les élus ne sont pas capables de penser leurs actions à cette échelle, les interventions publiques perdront de leur pertinence face aux pratiques urbaines réelles de nos concitoyens, mais aussi face à la loi du marché, aux grands groupes qui eux mettent en œuvre leur décision à cette échelle métropolitaine. Cet « en commun » de l’ensemble du cœur de l’agglomération exige nécessairement de relever ensemble les défis pour un développement partagé du territoire qui ne va pas de soi.

Le premier défi à releManif-RESF-O-metraPic015.JPGver pour donner corps à cet objectif est de maintenir la population parisienne dans sa diversité sociale et mettre fin à la fuite des familles en grande couronne.

Car aujourd’hui, la demande ne cesse de croître (1). Les évolutions des modes de vie et de la structure familiale font que le nombre des ménages augmente (formation et « mise en couple » plus tardive, familles recomposées ou monoparentales, vieillissement de la population…). Le nombre de demandeurs(2) de logement social à Paris est de 105 000 (3) malgré les 14 000 logements attribués chaque année.

 Or, actuellement, on construit peu à Paris, du fait du peu de foncier disponible et des contraintes lourdes imposées par le Plan Local d’Urbanisme qui vise à protéger le paysage patrimonial de Paris. Aujourd’hui, il manque ainsi 200 000 logements franciliens, tandis que le déficit se creuse de 20 000 par an, alimentant l’économie de la rareté et de la spéculation. Au rythme actuel de construction, il manquera donc 500 000 logements en 2030 en Ile-de-France pour répondre à la demande dans sa diversité.

 

Relever le défi du logement exige de rompre ces mécanismes fondés sur la rareté du logement en passant par une optimisation des parcs existants mais aussi et surtout par une hausse massive de l’offre de logements. 
Sur le parc existant, il est impératif de veiller au maintien de la qualité du parc ancien en luttant contre l’insalubrité qui touche prioritairement les ménages les plus fragiles. Les logements vacants doivent par ailleurs faire l’objet de réquisition et de réhabilitation, car il est inconcevable que dans un contexte de pénurie des logements puissent rester vides. 
L’offre nouvelle doit nécessairement diversifiée et adaptée aux besoins en taille et en niveau de prix. Elle doit saisir chaque opportunité offerte par les rares parcelles disponibles intra-muros pour construire du logement confortable, de grande qualité architecturale et environnementale. Cette construction nouvelle doit être également l’occasion d’apporter de la qualité urbaine mêlant espaces verts, commerces, équipements, ….la réponse au dmanif-logt-110307CIMG0405.JPGéfi du logement doit permettre de créer du quartier. 
Seulement, les disponibilités foncières à Paris ne permettront pas d’absorber toute la demande. Il est toutefois inconcevable que la ville-capitale décide de refouler ceux qui souhaitent y vivre. Et il est évident que le défi du logement ne trouvera pas sa pleine réponse intra-muros. Il ne pourra être relevé que si l’on considère que Paris est imbriqué dans le cœur de l’agglomération parisienne et que l’ensemble constitue un territoire cohérent et solidaire, mis à l’épreuve d’un défi commun. 

Donnons-nous les moyens à la hauteur de nos ambitions pour répondre aux besoins des Parisiens et des Franciliens !

La création de l’Etablissement Public Foncier d’Ile-de-France (4) (EPFIF) constitue à ce titre un nouvel outil de développement urbain qui peut permettre d’agir avec force en matière de création de logements. Il s’agit d’utiliser efficacement cet instrument crée en 2006 pour contribuer au développement du logement social dans la région. L’EPFIF a en effet pour mission de procéder à des acquisitions foncières et des opérations immobilières avec un double objectif : réguler les coûts foncier et immobiliers locaux et lutter contre la spéculation. 
Il est du devoir de Paris de contribuer directement et massivement à l’usage efficace de cet outil foncier en reversant une partie des 900 millions annuels qu’elle perçoit chaque année au titre des droits de mutation. 100 millions d’euros reversés à l’EPFIF permettrait la création de 3000 logements supplémentaires (dont 30% de logement social) par an par rapport aux objectifs fixés aujourd’hui par l’EPFIF (4000-5000 logements par an). De la même manière, chaque département devrait participer, à hauteur de ses moyens, et particulièrement le riche département des Hauts-de-Seine, qui a pour l’instant refusé d’intégrer l’EPFIF, au titre de la solidarité régionale à cet enjeu partagé.

Dans Paris intra-muros, et pour un autre Paris, divers et dynamique, créons 10 000 logements sociaux (5) par an. 
Cet objectif est REALISTE, c’est le nier qui ne l’est pas au regard des projections démographiques et du rythme réel de construction. La réalité de la construction a toujours été en retard par rapport aux projections démographiques et aux documents de planification réalisés en conséquence ces dernières années. 
En effet, la production annuelle dépasse légèrement 20 000 logements depuis 1990, soit un déficit de plus de 6000 logements par rapport à l’objectif annuel de 26 100 logements prévus par le Schéma Directeur de la Région Ile-de-France (SDRIF) de 1994, document de planification régional. 
Or, le SDRIF 2007 affirme la nécessité de construire 60 000 logements par an en Ile-de-France pour répondre à laDSC00949.JPG demande, dont un peu moins de la moitié à Paris et petite couronne, ce qui implique de créer 10 000 logement de plus par an (6), soit 50% de plus par rapport au rythme réel actuel de 18 700 logements construits chaque année à Paris et en petite couronne. 
La collectivité se place dans la position de courir après son retard au lieu de se donner non seulement les moyens réels de combler celui-ci, mais de répondre aux projections. 
La collectivité doit ainsi faire jouer tous les leviers d’action possible sur le parc privé : maîtriser le coût de sortie des logements neufs dans les nouvelles opérations immobilières, notamment en imposant un prix du foncier suffisamment bas pour que les loyers soient peu élevés.

Mais c’est le logement public qui constitue le levier d’action déterminant pour répondre aux besoins immenses. Ici, il n’est pas inutile de casser l’idée fausse qui assimile de logement social au logement des plus pauvres. Rappelons qu’aujourd’hui à Paris, selon les critères d’attribution en cours, presque 60% des Parisiens peuvent prétendre à un logement social. Aujourd’hui les communes du Pré Saint Gervais, de Gentilly et de Suresnes malgré leur 40% à 50% de logement social sont très appréciées et attractives ! 
Le logement social constitue une réponse collective et un instrument de diversité sociale : ce logement public ouvert à tous est à l’anti-thèse du ghetto et de l’entre-soi. C’est aussi et surtout, un logement dont le prix ne fait pas l’objet de spéculation et qui doit protéger ses locataires d’un taux d’effort trop lourd. 
Mais face à cet enjeu, le taux de 20% de logement social par commune édicté par la loi SRU reste largement insuffisant au regard de notre objectif de ville mixte riche de familles et de diversité sociale : seul un objectif de 40% de logement social permettra de répondre à la demande, soit 10 000 logements publics par an à créer à Paris pendant 25 ans. Ces 10 000 logements publics comprennent de nouvelles constructions mais aussi (et surtout en masse) du logement social obtenu par l’acquisition publique et le conventionnement d’immeubles privés.

Le second défi de l’ « en commun » porte sur le développement économique et l’emploi de l’agglomération qui, malgré sa place parmi les grandes villes européennes et mondiales les plus riches, connaît essoufflement et inégalités. En effet, si la métropole parisienne peut être qualifiée de riche par rapport aux autres agglomérations de France, le territoire cristallise également des inégalités, difficultés sociales et situations d'exclusion qui trouvent souvent une traduction territoriale (centre/périphérie, Est/Ouest). La question du logement y est aiguë : loyers élevés, parc public très tendu, marchands de sommeil ; le chômage malgré le dynamisme de certains secteurs reste paradoxalement élevé... 
L’illustration la plus emblématique de ce paradoxe est apportée par le cas de la Seine-Saint-Denis. 
Le territoire actuel de prédilection pour l’installation des sièges de grandes entreprises multinationales est en effet le secteur le plus dynamique d’Ile-de-France avec le plus fort taux de créations pures d’entreprise en 2004 (13.4% au-dessus de la moyenne régionale de 10.9%), plus de 30.000 emplois créés depuis 3-4 ans, mais pourtant un des taux de chômage qui n’a pas reculé et qui reste un des plus élevés avec 12% (la moyenne régioCIMG1861.JPGnale étant de 8%).
Ce phénomène général touche l’ensemble de la métropole parisienne et s’exprime également fortement à Paris dont le taux de chômage (10%) reste supérieur au taux régional, juste derrière celui de la Seine-Saint-Denis, alors même que Paris contribue au tiers de la production de richesse nationale et que le PIB de l’Ile-de-France est supérieur à celui des Pays-Bas (avec une population 40% plus nombreuse que l’Ile-de-France) pourtant souvent cités comme modèle de vertu économique. 
Le décrochage est manifeste entre la création de richesse et le bien être des populations locales.

Le dynamisme de la métropole exige donc non seulement de recréer les emplois perdus à Paris dans les années 1990 (130 000 emplois sur les 160 000 perdus à Paris) mais aussi d’en créer davantage et surtout de créer de l’emploi diversifié pour répondre à la demande locale. Il s’agit de viser un développement généralisé, massif et diversifié de l’emploi sur les pôles de centralité existants, à proximité des transports en commun, en favorisant la formation de pôles forts à l’Est, au Nord et au Sud pour rééquilibrer la métropole.


(1)Paris compte un peu plus de 1 300 000 logements, dont 1 100 000 résidences principales, pour une population de plus de 2 000 000 habitants.
(2)Les demandeurs peuvent déjà occuper un logement mais inadapté : trop petit, en hôtel meublé…

(3) Contrairement à l’idée reçue, les fichiers de demandeurs de logement font l’objet d’un renouvellement important. C’est à tort qu’il est décrit comme un stock. Ainsi, 45% des nouveaux demandeurs de l’année 2004 ne se sont pas réinscrits en 2005, sans pour autant avoir bénéficié de proposition de logement.
Les « sortants » du fichier sont pour partie (17%) des ménages qui ont obtenu un logement social, mais ce sont surtout (70%) des ménages qui n’ont pas renouvellé leur demande .
(4) l’EPF d’Ile-de-France comprend tous les départements de la région, y compris Paris, sauf les départements des Hauts-de-Seine, des Yvelines et du Val-d’Oise qui ont décidé d’avoir chacun, à terme, leur propre établissement public foncier.
(5) Incluant construction ad hoc et transformation d’immeubles privés en logements publics.
(6) Construction moyenne annuelle observée entre 1990 et 2005 à Paris et en petite couronne : 20 800 logements dont 4 800 à Paris.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article