La droite la plus nulle du monde : l’exemple du stationnement

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D’abord quelques données : les Parisiens possèdent environ 550 000 voitures particulières, un chiffre longtemps stable, et qui doit commencer à baisser légèrement, compte tenu du recul du nombre d’immatriculations annuelles à Paris depuis 2002.

Si l’on ajoute à ces voitures particulières les autres véhicules légers immatriculés à Paris, on arrive à une demande d’environ 700 000 places de stationnement. Et une demande relativement stable depuis près de vingt ans.

Il suffit logiquement qu’un nombre plus important de places soient disponibles, et qu’elles soient accessibles pour que chacun trouve sa place pour stationner en particulier le soir. Une équation simple, mais en fait compliquée.

Compliquée parce que Paris vient de très loin en matière de politique de stationnement. Car les ardents défenseurs (de droite) du droit à stationner aujourd’hui ont été avant tout des incompétents notoires quand ils étaient aux affaires qui ne se sont surtout pas occupés de gérer sérieusement les choses.

 

Dans les années 80, ont été construits massivement des parkings publics payants dans l’ouest et le centre de Paris, pour répondre avant tout à la demande des plus aisés. Et depuis pas grand-chose, à part l’introduction progressive et lente du stationnement payant, mais à des niveaux de prix élevés et dissuasifs pour les moins fortunés. Alors que partout ailleurs dans les grandes capitales européennes, se mettaient en place des politiques cohérentes. 
Dans les quartiers moins aisés, le principal choix a été la privatisation de fait (via la concession via des baux commerciaux à des opérateurs privés) des plus grands parkings de l’Opac, un non-sens comme nous le verrons par la sCIMG1238.JPGuite, et un bel exemple d’un libéralisme stupide.

Résultat, en 2001, tout le monde savait qu’il était difficile et coûteux de se garer. Mais personne ne savait combien il y avait réellement de places disponibles et où pour stationner. Et la politique parisienne du stationnement en était encore à la préhistoire.

Résultat : dans nombre de quartiers, les difficultés étaient telles que la spéculation sur la place du stationnement était à son comble, l’investissement dans une place de stationnement souterrain étant considéré comme un des plus rentables pour qui voulait spéculer sur la hausse de l’immobilier. 

Le comble du ridicule était que la Ville de Paris était incapable de dire combien il y avait de places de stationnement dans Paris, à 100 000 places près.

 

Face à cette situation, la politique mise en œuvre par la nouvelle municipalité a été pour partie ambivalente.

- elle a été incontestablement plus efficace (ce n’était pas difficile, mais encore fallait-il le faire), et cherché en premier lieu à améliorer la gestion du stationnement, et dans un sens non discriminatoire. Incontestablement un bon point. 
- elle a favorisé avant tout le stationnement des résidents (des habitants) et découragé le stationnement rotatif (des non-résidents). Un choix politique qui peut être discuté, mais qui à l’avantage d’être clair.

- mais elle n’a fait que rattraper à moitié le retard accumulé pendant des décennies. Comme s’il ne fallait pas aller trop loin dans l’amélioration, et que laisser perdurer la très mauvaise gestion passée était une façon d’entretenir la rareté de l’offre du stationnement, et d’être « anti-bagnole », mais par défaut.

- enfin, elle a manqué de transparence, en particulier sur les questions financières, alors qu’il y a là un enjeu non négligeable.

 

Premier point : la bonne gestion. Dès le 1er janvier 2002, la Ville de Paris a fait le choix de baisser de 80% le prix du stationnement pour les résidents (en l’amenant à 0,5 euro par jour), et d’encourager la généralisation du stationnement payant. Ou comment décourager les voitures ventouses et proposer des prix non discriminatoires. Principal bon point.

La Ville a d’autre part cherché à connaître un peu mieux l’offre. A été lancé rapidement un recensement de l’offre des parkings des bailleurs sociaux parisiens qui a permis de se rendre compte qu’il y avait plus de 100 000 places gérées par des offices ou SEM dépendant peu ou prou de la Ville, qu’il y avait plusieurs dizaines de milliers de places inoccupées, et que la gestion de cette offre laissait beaucoup à désirer.

Le recensement de l’offre dans les rues est arrivé également un peu par hasard d’ailleurs. Dans tous les documents officiels, il était inscrit de longue date qu’il y avait 250 000 places sur voirie à Paris (dans les rues). Un jour, des fonctionnaires ont eu la bonne idée de remettre en cause ces données, et de se dire qu’il fallait compter les places une par une pour savoir enfin combien il y en avait réellement. Ils n’ont pas été déçus en constatant qu’il n’y avait en 2003 en fait que 175 000 places dans les rues, 75 000 places étant « fictives ». Personne n’est capable de dire aujourd’hui quand il y a eu 250 000 places réellement dans les rues parisiennes, si tant est qu’il y ait eu réellement 250 000 places.

Pour ce qui est des places sous les immeubles privés, des évaluations ont été réalisées et ont évalué en 2005 à 770 000 le nombre de places de stationnement à Paris : 168 000 dans les rues, 67 000 dans les parcs publics de la Ville, 120 000 dans les parkings des bailleurs sociaux, 415 000 dans les immeubles privés et dans les parkings commerciaux (mais avec une incertitude importante pour cette dernière donnée). 

 

En gros, il y a de la place pour tout le monde (pour les 700 000 voitures recensées), mais pas tant que cela, donc il faut gérer les choses finement.

Mais à part baisser le prix du stationnement pour les résidents dans les rues et savoir enfin combien il y avait de places disponibles, la Ville n’a pas été très active.

Elle a en revanche affirmé un choix, celui de favoriser le stationnement des résidents. Cela ne fait pas plaisir à tout le monde, en particulier aux habitants de banlieue qui viennent en voiture à leur travail.

 

Mais cette volonté se heurte à une réalité physique. 800 000 personnes habitant en banlieue travaillent à Paris, et il y a 168 000 places de stationnement dans les rues de Paris. Et ce nombre va baisser de façon tendancielle, pour un tas de raisons et en particulier à cause des normes de la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris. Il n’y a donc pas de place pour tout le monde, et il y en aura encore moins.

Elle se heurte également à un choix politique. Encourager les déplacements domicile-travail en voiture va à l’encontre d’une politique harmonieuse des déplacements. Et va à l’encontre des choix de la municipalité de réduire l’espace dévolu à la voiture. Il n’est donc pas possible d’offrir une place de stationnement à toutes les personnes venant travailler à Paris, et il n’y a pas de dogmatisme à affirmer cela.

 

Mais il est possible de prendre des dispositions pour les personnes qui travaillent à des horaires tels qu’il leur est très difficile de faire autrement que de venir en voiture. Pour ces personnes là, il devrait y avoir une souplesse, et la Ville pourrait faire quelque chose. Premier exemple : les agents de la propreté de la Ville qui commencent à travailler très tôt : la Ville en tant qu’employeur pourrait s’occuper de leurs modes de déplacements, et leur proposer une place de stationnement s’ils ne disposent pas de logement à proximité immédiate de leur travail, ce qui est le cas général. Il y a encore à faire de ce côté-là.

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